Historiographie

 

L'historiographie, du XIXe siècle jusqu'à nos jours, qui est réalisée dans cet article, est loin d'être exhaustive. De nombreux choix ont du être faits dans les nombreux ouvrages sur les guerres de Religion ou sur l'histoire de Lyon au XVIe siècle.

En outre, les livres cités ne sont pas référencés en notes de bas de page, car ils le sont tous dans l'article intitulé "Bibliographie".

 

 

Historiographie des guerres de Religion

Les travaux généraux

       L'attirance qu'exerce Lyon sur les différents pouvoirs gravitant autour d'elle en fait une ville riche d'évènements et de retournements de situation pendant les troubles de religion. Pourtant, la place de Lyon dans l'historiographie sur les Guerres de Religion est assez réduite, voire presque inexistante. 
       Les premiers travaux concernant cette période ont été effectués à travers une analyse sociologique,  par des études de princes, comme par exemple celle des Guises par Jean-Marie Constant, pour comprendre les véritables objectifs et engagements politiques et religieux du Balafré et critiquer l'historiographie royaliste du XIXe siècle. Ces lignages, hésitant à entrer au service du duc de Guise, basculent finalement dans le parti du roi et deviennent des éléments essentiels de la reprise en main du royaume par Henri IV. Toutefois, aucune analyse n'a été faite concernant les lignages du Lyonnais, en tant qu'objet spécifique.

       Denis Crouzet s'est attaché à percevoir les mécanismes de la violence populaire en analysant le comportement des principaux protagonistes des Guerres de Religion et a renouvelé le sens donné à ces troubles, dans sa thèse : Les Guerriers de Dieu. Il montre ainsi que la population au XVIe siècle est hantée par des angoisses existentielles, comme la vengeance de Dieu contre les pêcheurs. Le calvinisme apporte une solution rationnelle en affirmant que l'homme de foi est sûr de son salut et en refusant tous les signes, les prodiges ou les miracles qui indiquent pour la population catholique la colère de Dieu. Pour les fidèles catholiques, Dieu envahit leurs esprits et exige une purification par la mort de l'hérétique. Cette analyse est intéressante pour l'étude de Lyon, car elle permet de comprendre les mécanismes qui conduisent une partie de la population à se montrer violente envers les autorités politiques de Lyon et à accuser pendant plusieurs mois le Consulat de mener une politique visant à favoriser l'entrée des protestants dans la ville. Les Guerres de Religion à Lyon, analysées à travers les discours de l'époque et les mémoires, sont ainsi abordées à travers le prisme de la violence des différents acteurs des troubles et celui de la représentation du roi et de la Ligue, perçue comme coupable d'un horrible cycle de violence, après la reddition. Toutefois, la ville de Lyon n'est pas étudiée pour elle-même, mais comparée à d'autres grandes villes du royaume. Dans le livre récent d'Olivia Carpi sur les Guerres de Religion, qui retrace les faits et met à jour les mécanismes de cette guerre civile, ainsi que son origine, ses étapes, ses enjeux, Lyon apparaît de même à travers une analyse comparative des mouvements urbains.

 
La Ligue

      En parallèle à ces études faites sur les Guerres de Religion, se développent des recherches spécifiques sur la Sainte Union, nationales ou régionales, qui en viennent peu à peu à prendre en compte l'importance de la ville et des mouvements urbains à l'intérieur de celle-ci.  La Ligue a fait  l'objet d'une première thèse régionale, en 1937, d'Henri Drouot, Mayenne et la Bourgogne, qui brise le cadre explicatif de la Sainte Union, formé au XIXe siècle, en se tournant vers une explication économique et sociale, avec la crise du commerce et la fermeture des carrières pour ceux qui aspiraient aux offices de la magistrature. La frustration de cette petite bourgeoisie la conduit vers un radicalisme ligueur contre les grands bourgeois qui occupent les hauts postes de responsabilité, surtout au Parlement. Henri Drouot montre ainsi que la Ligue prend racine, par un conflit, à l'intérieur de l'élite urbaine, ouvrant la voie à d'autres études historiques. 
      Toutefois, le modèle explicatif d'H. Drouot est rapidement transformé par Denis Richet qui trace de nouvelles pistes importantes, en intégrant dans sa réflexion historique sur le conflit une dimension culturelle, voyant à Paris une Ligue pour l'hégémonie culturelle et sociale opposant deux factions de la bourgeoisie parisienne.             Robert Descimon reprend ces ouvertures dans ses diverses études sur la société parisienne et la vie municipale de Paris. Il présente une synthèse explicative en introduction à son dictionnaire des ligueurs : "Qui étaient les Seize?". Son analyse prend en compte toutes les dimensions du phénomène ligueur. Son second axe de recherche, sur l'organisation de la vie municipale, permet de comprendre le comportement politique des ligueurs parisiens, en montrant que le système de recrutement de la municipalité a été mis à mal par l'Etat qui tente de grignoter les prérogatives et les libertés urbaines. Les ligueurs affirmaient qu'il était essentiel de rétablir l'ordre ancien. On voit donc comment les études se sont progressivement centrées sur les villes, sur l'organisation urbaine et le pouvoir politique des municipalités, qui sont considérés comme des éléments premiers dans le développement de la Ligue, à travers deux dimensions, culturelle et politique.

        Jean-Marie Constant reprend ces études urbaines, en intégrant dans son analyse de la Ligue toute une partie consacrée à un tour d'horizon provincial de la Ligue dans les villes, perçue comme une révolution urbaine. Il appréhende ainsi la révolution consulaire des Lyonnais en tant qu'objet d'étude spécifique, montrant les différents pouvoirs qui gravitent autour du Consulat et le rôle de celui-ci pendant toute la Ligue. Cependant son ouvrage est essentiellement tourné vers la Ligue parisienne. 


Les monographies urbaines

       Si les historiens se sont d'abord centrés sur l'étude de Paris, parce que la Sainte Union était puissante et qu'il s'agit de la capitale, les villes de province ont peu à peu été étudiées pour elles-mêmes.

      Yves Durand étudie les villes de Saint-Malo, Morlaix et Marseille d'un point de vue municipal et montre qu'elles deviennent de véritables républiques urbaines. W. Kaiser a fait une étude particulière de Marseille, en considérant les traditions de la ville, la vie sociale et économique, les sensibilités religieuses. Il affirme ainsi que la Ligue s'inscrit dans le jeu des factions s'affrontant pour l'entrée au consulat. Cet axe de réflexion sur le pouvoir municipal est aussi développé par Olivia Carpi dans son étude sur les "troubles de religion" à Amiens. L'examen approfondi du corps de ville par la reconstitution de tout le cheminement qui l'a conduit de l'obéissance à la révolte permet de prouver que cet engagement ligueur n'avait rien d'une aberration, comme ont voulu le faire croire les royalistes en qualifiant la ville de "république imaginaire".  L'enjeu du pouvoir municipal et le contrôle de la vie urbaine par les élites bourgeoises ou par les représentants de l'Etat apparaissent à travers ces études comme des éléments nouveaux dans l'historiographie de la Ligue. 

 

Les écrits contemporains des Guerres de Religion à Lyon

      Ces recherches sur le pouvoir municipal au temps de la Ligue n'ont pas touché toutes les villes, comme par exemple la ville de Lyon. Les études autour de l'institution municipale lyonnaise pendant les guerres de Religion sont presque inexistantes et, à l'exception de quelques travaux ponctuels, la Ligue catholique n'a fait l'objet d'aucune étude spécifique. L'historiographie lyonnaise sur les troubles religieux commence pourtant dès le déroulement des événements, même s'il s'agit d'écrits partiaux, essentiellement royalistes.

     La vision très monarchique de la crise est alors largement prédominante dans les siècles qui suivent : les écrits royalistes critiquent fortement la Ligue catholique et louent la reddition de Lyon, première grande ville du royaume à se soumettre. Le préjugé défavorable à la Ligue naît au moment même où les événements se déroulent, la considérant comme destructrice de la monarchie et de la liberté. Au contraire, Henri IV apparaît comme un roi pacificateur qui a tout sacrifié pour réunifier la nation.                                    
 
Pierre Mathieu, d'abord attaché à la maison des Guises, justifie la révolte des Ligueurs, avant de basculer du côté royaliste et d'aduler Henri IV et de devenir historiographe officiel de la monarchie. Il donne une version très détaillée des événements qui se déroulent à Lyon, avant et après la reddition de Lyon, dont il appréhende les derniers troubles du royaume comme un "changement le plus desnaturé, l'entreprise la plus aveugle, le desvoyement le plus sale qui jamais altera republique". Sa vision des événements, ancrée dans un discours religieux et royaliste, dénonce l'ambition et l'autoritarisme des princes, notamment dans son Discours véritable et sans passion sur la prinse des armes, et changemens advenus en la ville de Lyon, pour la conservation d'icelle, sous l'obeyssans de la S. Union, et de la Coronne de France, le 18 de septembre, 1593.

     Claude de Rubys, ligueur repenti tardivement, procède de la même manière, tout en  s'intéressant aux grands tournants dans la politique lyonnaise, pour les justifier et les honorer selon ses propres partis pris idéologiques. Dans son Histoire véritable de la ville de Lyon, il fustige la Ligue catholique et loue Henri IV grâce auquel la paix revient. La reddition de Lyon est alors minutieusement décrite, la ville devenant un modèle pour les autres villes, effaçant ainsi l'infamie qu'a été sa rébellion. 
 

    D'autres textes analysent la Ligue, montrant le ressenti des contemporains pendant et après la Ligue. Pierre Victor Palma Cayet, historien calviniste puis converti au catholicisme en 1595, écrit ainsi sur les guerres de Religion au début du XVIIe siècle. Son ouvrage peut être considéré comme un des ancêtres lointains de la presse, car aux événements historiques sont ajoutés de nombreux faits-divers. Il loue également le retour de Lyon à l'obéissance du roi. Ce regard positif sur la soumission de Lyon est aussi celui d'Antoine du Verdier qui affirme que la ville, ayant perdu son identité pendant la Ligue, la retrouve par le retour à l'autorité monarchique, considéré comme un geste naturel et légitime.

     Certains royalistes contemporains considèrent que, une fois la remise de la ville aux mains du pouvoir royal accomplie, la Ligue fanatique se termine et le retour à l'ordre s'effectue, après sa réduction à l'obéissance naturelle et après les désastres causés par les princes. L'idée d'un retour à l'ordre effectif indique qu'il n'est fait aucun cas des désordres, à la fois politique, militaire et financier, que doit affronter le Consulat dans les mois qui suivent la reddition. 

 

L'historiographie de Lyon au XIXe siècle

      Les siècles suivants partagent cette même vision monarchique de la Ligue à Lyon. L'histoire consulaire de Lyon de Claude-françois Ménéstrier, dans laquelle il décrit, en des termes élogieux pour le roi et le Consulat, ce qui s'est passé à Lyon, reprend ainsi le point de vue des royalistes, dont il reprend les témoignages.

     Cette perspective historique, reprise au XIXe siècle, est doublée d'une histoire événementielle sous la plume d'Antoine Péricaud, qui s'appuie sur les délibérations municipales rédigées pendant les troubles religieux, ou encore la correspondance du Consulat, du roi ou du colonel d'Ornano, et qui parvient à reconstituer le cheminement de tout ce qui s'est produit depuis le début des guerres de Religion, avec précision, mais sans aucune analyse historique. Il effectue alors un tri dans les sources, choisissant les délibérations municipales qu'il pense plus importantes que d'autres.

    D'autres auteurs effectuent un tri des sources en développant une critique très vive envers beaucoup de témoignages, comme celui de Claude de Rubys, dont Monfalcon fait une énumération des défauts, en lui reconnaissant quelques qualités : "Il y a beaucoup de mauvais goût dans le style de Claude de Rubys : cet écrivain fait un étalage continuel et fort déplacé de son érudition ; malgré ses prétentions au titre de véridique, il se trompe assez souvent".  

   Ces auteurs restent prisonniers du carcan de la vision royaliste, du "bon roi Henri", sans s'intéresser de manière plus approfondie à la politique générale de la municipalité ou à d'autres domaines, comme l'économie de la ville, profondément bouleversée.

 

Les études du XXe siècle sur la Ligue à Lyon

    Il faut attendre la deuxième moitié du XXe siècle pour voir émerger progressivement de nouveaux axes de réflexion concernant les troubles religieux, particulièrement la Ligue, à Lyon, en sortant de l'explication royaliste des événements. 

    Les histoires générales de la ville de Lyon prennent en compte diverses aspects des guerres de Religion pour expliquer les problèmes auxquels la ville a dû faire face. Arthur Kleinclausz prend en compte l'importance de la Ligue catholique, en mentionnant la politique du Consulat, l'action militaire et politique du colonel d'Ornano ainsi que les diverses résistances de la Ligue après la reddition. Il aborde également les problèmes financiers de la municipalité et l'entrave faite au commerce par la poursuite de l'état de guerre de la ville. Françoise Bayard évoque de même la Ligue dans une perspective politique et économique, en y ajoutant l'évolution institutionnelle du Consulat et celle de ses pouvoirs ainsi que la mainmise du roi sur celles-ci. Cependant il s'agit d'études de Lyon sur plusieurs siècles, qui ne peuvent pas approfondir tous les aspects de la Ligue et la reddition. 
   Les histoires de Lyon centrées sur le XVIe siècle détaillent davantage certaines dimensions des troubles religieux. Jacqueline Boucher développe l'approche des troubles dans toutes leurs dimensions (vies culturelle, politique, sociale et économique). L'année 1594 est elle-même assez analysée et cette étude ne s'arrête pas au jour même de la reddition : elle évoque l'ordre public, la relation de la ville avec le roi et les grands princes,..., en utilisant la correspondance de la ville, les mémoires des contemporains ou encore la comptabilité de la ville. Les auteurs d'Henri IV et Lyon étudient la relation de la ville au roi en évoquant les entrées royales, la reconstruction de la ville, son approvisionnement et l'image du bon roi Henri dans la ville. Si cet ouvrage analyse surtout l'histoire de Lyon du point de vue des représentations, il mentionne aussi les conséquences de la Ligue sur la démographie, la politique du Consulat et les résistances après la soumission ou encore les violences perpétrées dans la ville. 

 

Les études sur l'économie lyonnaise pendant les troubles ligueurs

          Parallèlement à ces études sur l'évolution de Lyon qui donne un panorama général des troubles religieux, des analyses plus précises ont vu le jour dès les années 1930. La dimension économique apparaît, prenant source dans la grande crise économique qui frappe la France à cette époque. L'histoire économique de Lyon commence vraiment avec l'étude de Roger Doucet, qui se place dans le mouvement de l'école des Annales, privilégiant les aspects économiques ou sociaux par rapport aux facteurs politiques. Il étudie les finances de la ville au XVIe siècle, en centrant ses recherches sur le Grand Parti de Lyon, c'est-à-dire l'emprunt lancé par Henri II sur la place financière de Lyon, et ses conséquences, dont il étudie le mécanisme essentiellement à partir des lettres patentes de commission et des fonds notariaux de Lyon. Il montre que la banqueroute du Grand Parti de 1557 ruine la plateforme financière de Lyon, qui doit encore des créances en 1604. Cette ruine s'aggrave avec les guerres de Religion à Lyon. Robert Doucet étudie aussi les délibérations municipales, les lettres patentes et les registres des comptes pour analyser le système fiscal de Lyon et le rôle financier du Consulat. Toute une partie de son ouvrage est consacrée aux guerres de Religion, dont un chapitre à la Ligue, explorant l'étendue de la dette consulaire, les conséquences des troubles sur les groupes financiers ainsi que les mesures financières prises par la municipalité. Toutefois, il n'appréhende pas les finances de la ville pendant les guerres de Religion à travers une étude statistique des dépenses et des revenus de la municipalité. Il ne fait pas d'histoire sérielle pour cette époque. 
        La dimension économique de l'histoire de Lyon est reprise par Françoise Bayard dans son étude sur une famille de banquiers, les Bonvisi, pour savoir comment, où et quand elle travaillait et quelle était son évolution temporelle. Pour Françoise Bayard, étudier cette famille, la plus grosse maison de Lyon, c'est un peu discerner la fortune de la ville. A travers ses recherches effectuées sur les banquiers, on perçoit en effet les conséquences de la Ligue et ses ravages sur le système commercial et financier de Lyon pendant les troubles.

      Karine Deharbe et Françoise Bayard s'inscrivent dans le renouveau de l'histoire financière, dans le regain d'intérêt que suscite l'histoire des institutions, par leur analyse du Bureau des finances de Lyon, du rapport des officiers au roi et au Consulat, de leur rôle, de leur participation aux conseils de la ville, ainsi que des enjeux de pouvoirs entre le Bureau et le Consulat, pour le contrôle de la voirie par exemple. Toutefois, si elles évoquent l'évolution du Bureau pendant les guerres de Religion, aucun chapitre ne l'étudie dans sa spécificité.

       Parallèlement aux études sur les finances, une seule analyse a été faite sur la sénéchaussée et le siège présidial de Lyon, pendant les guerres de Religion. Maurice Pallasse écrit un ouvrage sur la justice du roi à Lyon, il en consacre une partie aux troubles et plus particulièrement à la Ligue, à travers le pouvoir judiciaire du gouverneur. Il évoque le rétablissement judiciaire de la paix après la reddition, de la part du consulat et du roi, qui tentent de porter remède aux troubles, aux problèmes de ravitaillement ou encore des taxes.

 

Les biographies des acteurs des Guerres de Religion à Lyon

         L'histoire de Lyon pendant la Ligue est aussi perçue à travers les biographies des grands personnages de l'époque. Pierre Richard a étudié la vie de l'archevêque d'Epinac, en utilisant beaucoup de sources différentes : entre autres les archives départementales du Rhône, notamment les délibérations capitulaires de Saint-Jean, ou les archives municipales de Lyon, comme les délibérations consulaires, essentielles pour percevoir la place de l'archevêque dans la ville. Pierre Richard a réalisé une double analyse du personnage, religieuse et politique et a montré quels sont les facteurs qui ont engendré son engagement dans la Ligue, comment ont évolué les rapports qu'il entretenait avec le Consulat ainsi qu'avec le duc de  Nemours et le duc de Nevers, ou encore quel était son rôle dans la résistance du clergé au roi. Sans prendre parti, il montre les pouvoirs de l'archevêque, qui agit comme un grand seigneur et participe pleinement à la politique de la ville. Surtout, l'ouvrage donne un aperçu de Lyon pendant la Ligue et sa chute. La Sainte Union tient une grande place dans la biographie. Toutefois, lorsque l'archevêque se retire de la vie politique dans le courant de l'année 1594, l'auteur s'éloigne de Lyon et de la municipalité. 
       Au contraire de la biographie de l'archevêque, celle du 
colonel d'Ornano n'offre pas d'analyse "psychologique" du personnage. L'abbé Jean Charay, reprenant les notes de Jean Canault, le secrétaire du colonel, n'ajoute presque rien à l'histoire événementielle de la vie militaire de d'Ornano. Dans un chapitre consacré à la Ligue, l'ouvrage présente sa manière de faire la guerre, sa gloire militaire mais aussi son ambition envers Lyon et son désir de dominer l'ancienne capitale des Gaules. L'année 1594 est donc perçue d'un point de vue surtout militaire et factuel.

       La biographie de Charles-Emmanuel de Savoie évoque de même longuement les événements liés à la Ligue, en particulier la reddition de Lyon, en les évoquant plus rapidement à partir de l'évasion du duc de Nemours en juillet 1594. La politique consulaire, la place de l'archevêque, l'attitude du clergé ainsi que les pouvoirs du Consulat sur le commerce font l'objet d'études particulières. La violence des différents acteurs de la Ligue est soulignée. Jean-Hippolyte Mariéjol ne se centre ainsi pas uniquement sur les actions militaires du duc ou sur la relation qu'il entretient avec le Consulat. Dans chacune des biographies, la Ligue et en particulier l'arrière-plan économique, politique et municipal de Lyon pendant les troubles tiennent donc une grande place, passant parfois au devant de la scène, les auteurs utilisant de nombreuses sources différentes pour réaliser leur ouvrage. 

 

Les études récentes sur la Ligue lyonnaise

       Dans les années 1980-90, de nouvelles sources sont utilisées pour une histoire des mentalités et des représentations de la Ligue à Lyon. Yann Lignereux utilise les portraits, les cartes, les écrits littéraires, ainsi que les motifs festifs, pour aborder les relations qui se tissent entre Henri IV et Lyon à la fin de la Ligue. Il évoque la reconstruction identitaire des personnes de la municipalité à partir d'une relation au roi fondée sur l'amour, ce qui est contradictoire avec l'exigence de rationalité de l'Etat : le roi veut que la raison des sujets les guide et non un affect. Lyon transforme alors sa propre logique politique pour faire face à cette exigence de rationalité. Yann Lignereux centre son analyse sur la passion contrariée : Lyon veut renaître, oublier le passé pour être à nouveau une bonne ville. La "logique d'incorporation mutuelle" passe par tout un imaginaire lié au roi : du côté de la ville il s'agit de préparer la présence charnelle du monarque et, du côté du roi, il faut préparer une réponse qui accompagne la logique d'oubli de la ville. Dans cette perspective, Henri IV nomme son fils gouverneur. Lignereux décrypte aussi le comportement de Lyon face aux signes de la Ligue, ainsi que les symboles portés lors de la reddition. 
          Delphine Estier poursuit ces analyses novatrices du point de vue de leurs angles d'attaque, en choisissant de donner la parole aux Lyonnais eux-mêmes par l'étude de l'opinion publique, en se servant des imprimés de l'époque et des différentes publications : libelles, pamphlets, discours,.... Elle montre ainsi comment les Ligueurs lyonnais veulent à tout prix contrôler l'imprimé, pour pouvoir se maintenir dans les affaires municipales : ils instaurent ainsi un système de gestion des opinions individuelles et collectives par la publication réfléchie de l'information et l'utilisation du secret. A travers cette étude, Delphine Estier montre jusqu'à quel point l'imprimé peut mettre en mouvement la population à des fins politiques.    

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