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L'évasion romanesque du duc de Nemours

            Charles-Emmanuel, duc de Nemours, gouverneur du Lyonnais depuis 1588, devient un ardent ligueur après les assassinats du duc de Guise et du cardinal de Guise. Portant le flambeau de la Ligue catholique dans son gouvernement, dont la ville-clef, Lyon, a basculé dans la rébellion contre le roi au début de l'année 1589, le duc de Nemours mécontente cependant les Lyonnais ligueurs. Ces derniers s'exaspèrent en effet de l'ambition démesurée de ce grand prince qui désire profiter des troubles pour se tailler une principauté et détacher du royaume de France le gouvernement du Lyonnais. Il est alors fait prisonnier par les Lyonnais qui veulent mettre un terme à ses excès, en septembre 1593, au château de Pierre-Scize. Lorsque la ville se soumet au roi, au début du mois de février 1594, le duc de Nemours continue d'être fermement gardé dans sa prison, pour éviter que, une fois en liberté, il ne se mette à la tête de ses troupes et assiège Lyon.

          Mais le 26 juillet 1594, le duc parvient à s'échapper de la forteresse, dans des conditions rocambolesques, à l'issue d'un complot fomenté par des ligueurs attachés à ce prince.

        Qui sont les auteurs d'un tel acte et quels sont leurs desseins ? Les sources à ce sujet sont rares. En effet, il s'agit d'un point très négatif pour la municipalité lyonnaise et les représentants du roi présents dans la ville pour la gouverner, car cette évasion remet en cause leurs mesures de sécurité au coeur de Lyon et l'efficacité des officiers royaux à remettre de l'ordre au sein de la ville. Surtout, cette évasion sous-entend une complicité ligueuse et clandestine à l'intérieur de Lyon : cela signifie que la Ligue catholique est encore bien présente et a beaucoup de forces dans la cité, encore au mois de juillet 1594, cinq mois après la reddition au pouvoir royal. La réaction des échevins et des officiers royaux le jour même de l'évasion est donc impossible à connaître, car les archives consulaires sont muettes à ce sujet. 
            Les conséquences de cet événement sont multiples, mais sont particulièrement graves dans le domaine militaire. En effet, le duc de Nemours reprend la tête de ses troupes et les commande dans un seul dessein : s'emparer de Lyon. La libération du duc engendre une recrudescence de la guerre dans la région, car ce dernier fait appel à tous ses réseaux de fidélités, de parentés, d'amitiés et de clientèle pour atteindre son objectif. Le problème de la fuite du duc de Nemours soulève ainsi principalement la question de sa vengeance possible contre les Lyonnais - qui l'ont enfermé pendant près d'un an - et des réactions politiques et militaires pour faire face à celle-ci.


Les comploteurs


      Plusieurs tentatives d'évasion pour délivrer le duc de Nemours ont déjà été fomentées depuis le début de l'année 1594 et presque à chaque fois, un même groupe d'ecclésiastiques est mis en cause, le couvent des Cordeliers de l'Observance, dont l'emplacement est idéalement placé, en bord de Saône, au pied de la colline de Fourvière, délimité par le quartier de Vaise et à côté du château de Pierre-Scize. Déjà au mois de janvier, Ponson Bernard, un échevin de Lyon, évoque dans son Journal un complot des Cordeliers pour délivrer le duc, une tentative répétée au mois de mai par le même groupe de ligueurs. Ces ecclésiastiques sont-ils à l'origine de l'évasion du duc au mois de Juillet ?  

 

                      Les Cordeliers de l'Observance

Interieur du couvent des cordeliers de l observance         Le seul document contemporain de l'époque qui évoque avec beaucoup de précisions la fuite de Nemours, est celui d'Agrippa d'Aubigné. Le rôle des ecclésiastiques n'est pas mentionné ; leur rôle éventuel dans la fuite du prince n'est pas davantage évoqué par Antoine Péricaud qui reprend tous les éléments qu'il peut trouver quant à cette évasion, dans sa Notice sur Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours.

     D'après les quelques noms mentionnés dans les documents, on peut distinguer trois groupes différents de dissidents.

      Un groupe agit à l'intérieur même du château de Pierre-Scize, autour du valet du duc de Nemours qui prend la place de son maître et d'un cuisinier qui a fait "près de l'évier de la cuisine une ouverture assez grande pour qu'un homme puisse passer". Le second groupe attend dehors, il est constitué de Charles de Simiane, seigneur d'Albigny, qui appartient à l'une des grandes familles nobles de Savoie, et de quelques autres. Il s'agit probablement du réseau de clientèle de ce dernier.                                                                                                              Enfin, dans le troisième groupe, demeuré à l'extérieur de Lyon, une troupe de cavaliers que lui avait envoyée le marquis de Saint-Sorlin, son frère, l'accueille pour le conduire en lieu sûr. 
     A travers l'aide apportée par ces différents groupes, dont les membres sont des nobles ou au contraire des roturiers d'assez basse condition, on perçoit que le réseau ligueur a des ramifications dans la ville jusqu'à l'intérieur du château, dans lequel les secours apportés par le cuisinier ou le valet sont essentiels pour la réussite de l'évasion. Le
duc de Nemours s'appuie aussi sur ses liens de parentèles et de fidélités, avec l'aide apporté par d'Albigny ou par son frère. Un dernier nom peut être ajouté, avec réserve cependant, car il n'est explicitement mentionné dans aucun des documents : il s'agit d'Honoré d'Urfé, un noble savoisien, qui demeure très attaché jusqu'à sa mort au duc de Nemours et qui, juste après la fuite du duc, a été nommé par le prince "lieutenant-général au gouvernement de Forez", une nomination à une charge importante qui ressemble à une élévation honorifique en échange d'un service rendu. Les ligueurs sont donc, en nombre, encore bien présents au sein de la ville, ce qui a pu permettre l'évasion. 
        Toutefois, ces derniers ont aussi profité d'une situation favorable créée par le
marquis de Saint-Sorlin à l'extérieur de la ville. En effet, avec ses troupes, il ravage les alentours de Lyon et menace certaines portes de la  cité pour occuper les officiers royaux et empêcher les habitants de sortir, afin de laisser la voie libre à la petite troupe de cavaliers qui attend le duc à l'extérieur de la cité. 

 

Une minutieuse préparation

 

        A l'heure où les officiers royaux mènent une politique radicale et violente contre les ligueurs, la fuite du duc de Nemours se devait d'être bien préparée et organisée.

       Le rôle du valet de chambre est pour cela très important. C'est en effet lui qui prend l'apparence du duc de Nemours, mais c'est surtout lui qui entre en contact avec les ligueurs à l'extérieur du château et qui trouve les moyens de se procurer une perruque qui ressemble à ses cheveux. De son côté, le cuisinier doit non seulement pratiquer le trou par lequel le duc s'évade, mais doit aussi se procurer des cordes pour que le prince se laisse glisser jusqu'à terre. La répartition des rôles à l'intérieur même du château est ainsi très organisée selon un plan préétabli. Les nobles à l'extérieur doivent aussi se trouver au bon moment et au bon endroit dans un lieu établi à l'avance, cachés au bas du roc sur lequel le château est perché. 
       Enfin, le parcours d'évasion doit être établi très précisément avec d'éventuels arrêts dans des lieux sûrs. En effet la garde au coeur de Lyon est constante et, si l'un des habitants parvient à reconnaitre le duc de Nemours sous son léger déguisement, un soulèvement et la mise à mort immédiate du duc par la justice populaire sont à craindre, car les Lyonnais éprouvent toujours une  haine immense envers ce prince.                                                                                                                                       
Les fugitifs se rendent ensuite dans la rue de Vaise, une rue située au pied du roc, dans la maison d'un ligueur. C'est dans cet endroit sûr que le duc de Nemours change à nouveau d'apparence, avec un meilleur déguisement. Puis la troupe de cavaliers envoyée par son frère le mène directement à Vienne, haut lieu dissident et où réside le marquis. L'opération a été très rapide, pour que le duc ne soit plus présent à Lyon lors de la découverte de l'évasion.

       Le degré élevé d'organisation de l'évasion suppose une préparation faite longtemps à l'avance et surtout une discrétion totale de la part de chacun des participants, ce qui n'a pas eu lieu lors des précédentes tentatives d'évasion, notamment celles qui ont été fomentées par les ecclésiastiques. 
 

    Est-ce par crainte d'une diffusion trop large de l'événement que les nobles ligueurs n'ont pas fait appel au clergé lyonnais, et en particulier aux Cordeliers de l'Obervance ? Ou bien est-ce plutôt en raison de la concurrence entre les ligueurs et de l'existence de groupes clandestins rébellionaires, qui n'ont pas les mêmes objectifs?      Cette interprétation suppose une grande rupture persistante entre les ligueurs attachés au duc de Nemours - donc surtout les nobles qui font appel lors de l'évasion à leurs réseaux de clientèles et de fidélités - et les ligueurs attachés à l'archevêque de Lyon, Pierre d'Epinac.                                                                                                      Alors qu'à l'extérieur, les troupes ligueuses et nemouristes, avec à leur tête des chefs nobles, ne font qu'une pour saccager la région, à l'intérieur, les tensions entre la Ligue nobiliaire menée par le duc de Nemours et la Ligue religieuse, attachée à se soumettre à un roi qu'elle considére comme catholique, sont toujours bien présentes. Les raisons principales de ce décalage entre l'extérieur et l'intérieur de Lyon sont principalement militaire et nobiliaire. En effet, stratégiquement, les ligueurs ont intérêt à présenter un bloc armé uni contre les troupes royales ; en outre, les liens nobiliaires et les réseaux de fidélités qui s'entrecroisent expliquent aussi cette unité à l'extérieur de Lyon

 

            Le rocher du château de Pierre-Scize                         

Le château de Pierre-ScizeLa réaction des Lyonnais    

 

     Quelles sont les différentes réactions des Lyonnais après l'évasion du duc de Nemours ? Pour la population lyonnaise, qui tient beaucoup, depuis l'emprisonnement du prince, à une garde renforcée du château, la fuite du duc est un choc psychologique immense, comme en témoigne le soulèvement immédiat après l'annonce de la nouvelle : "Il s'y fit un soulèvement qui alla presque à la révolte". Les habitants remettent alors en cause la garde du château : "la plupart attribuant cette évasion à la faute des gardes et des commandants du fort".      

     Dans quelle mesure peut-on considérer que la politique des élites urbaines envers la garde du château était trop laxiste ? En fait, depuis de nombreux mois, les échevins se plaignent de la charge trop lourde qui pèse sur eux quant à la surveillance du duc de Nemours.                                                                                                  

     Tout un renforcement progressif de la garde a lieu depuis les journées de février. En effet, les échevins évoquent déjà en février cette trop lourde charge, puisque le roi lui-même mentionne dans l'article VII de l'édit de reddition de la ville le soulagement prochain de cette garde qui est destinée à être confiée aux troupes royales :     "Et pour le regard de l'emprisonnement par eux fait de la personne du duc de Nemours, avouons qu'il a été fait pour le bien et utilité de notre service, et promettons de les en décharger et garantir contre qui que ce soit qui voulût s'en ressentir".

       De même en avril, la garde du château continue à poser problème, puisque celle-ci est le sujet de grandes discussions lors de la séance consulaire du 12 avril. Enfin, diverses mesures de renforcement sont prises en mai et en juin pour garder du mieux possible le château. 


      Toutefois, de nombreuses limites demeurent dans ce processus de radicalisation protectrice du château. Il existe d'abord un danger d'ordre géographique. En effet, le château de Pierre-Scize est situé à une extrêmité de Lyon, donc près des murailles et des portes lyonnaises, ce qui favorise les évasions. Les Lyonnais sont bien conscients de ce problème, puisqu'ils demandent, après la reddition, le transfert du duc de Nemours dans une prison moins excentrée. Mais les élites urbaines ne jugent pas nécessaire un tel transfert.

       En outre, de nombreux privilèges sont toujours accordés au duc de Nemours, malgré la radicalisation de la politique urbaine. Il a le droit, notamment, de garder son valet à ses côtés, ce qui sous-entend le droit de communiquer avec l'extérieur, car son valet est libre de ses mouvements dans le château. Certains ligueurs qui l'aident dans sa fuite séjournent dans la ville de manière tout à fait légale, puisque d'Albigny par exemple doit sa liberté à une rançon.

      La radicalisation politique des élites urbaines n'est donc pas aussi sévère qu'on pourrait le penser par le biais de la haute justice de Bellièvre ou de la garde renforcée de Lyon. Néanmoins, il est difficile pour les échevins d'isoler totalement un tel prince qui doit être ménagé et traité avec égards. 
       Si la fuite du duc de Nemours engendre des problèmes d'ordre policier – le soulèvement de la population lyonnaise - et des problèmes davantage politiques - avec notamment la fragilisation des représentations que la population se construit des élites urbaines, avec entre autres leurs capacités à assurer la garde du duc -, cette évasion pose un problème autrement plus grave pour la région et la sécurité des alentours de Lyon, avec les menées militaires du duc dans la région, et notamment autour de Lyon. Le seul souci du duc de Nemours, après son évasion, est en effet la prise militaire de l'ancienne capitale des Gaules. 

 

Sources :

-Agrippa d'Aubigné, L'histoire universelle du sieur d'Aubigné, Niort, Jean Moussat, 1620, Tome 9.

-François Rolle, "Journal de Ponson Bernard, échevin lyonnais, 1592-1595", Revue du Lyonnais, nouvelle série, Tome 31, 1865.

-Antoine Péricaud, Notice sur Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours, gouverneur et lieutenant-général du Lyonnais, Forez et Beaujolais pendant la Ligue, Lyon, Barret, 1827.

-Archives municipales de Lyon, BB 131.

Sources iconographiques

-Intérieur du Couvent des Cordeliers de l'Observance, Fleury François Richard, XVIIe siècle, Musée des Beaux-Arts de Lyon. Photographie : François de Dijon    

-Lugdunum vulgo Lyon, détail, [s.d.], [s.n.], XVIIème siècle, Bnf., GED-3943.    

 

 

 

Commentaires (1)

Hermine  Battus
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