Une révolution urbaine

 

Le tournant ligueur de Lyon, en 1589

 

      Le mouvement ligueur a été initié en 1584 par la maison de Lorraine et par les Seize à Paris, une organisation clandestine. La Sainte Union, ou Ligue catholique, rassemble une bonne partie de la noblesse et des villes, luttant pour la défense de la religion catholique apostolique et romaine et pour la réforme de l'Etat monarchique. Comme beaucoup d'autres grandes villes, Lyon est devenue une place forte de la Ligue catholique et joue un rôle de premier plan, n'étant pas épargnée dans le théâtre d'un déchaînement de violence s'emparant de tout le royaume de France.

       La ville demeure calme jusqu'à la mort du gouverneur du Lyonnais et de l'Auvergne, Mandelot, qui était parvenu à maintenir un climat de paix relative entre royalistes et ligueurs. Sa mort, survenue en 1588, libère des forces contenues jusqu'alors dans la ville.  

       Le 23 février 1589, après une journée de barricades, la ville bascule du côté ligueur. Les Lyonnais prennent en effet l'exemple de Paris pour contester les décisions du pouvoir royal : ils édifient des barricades dans les rues de la ville, tendent les chaînes du Rhône et de la Saône et installent des corps de garde aux lieux stratégiques.

     Le basculement de la ville dans le camp ligueur n'a pas lieu par hasard. C'est tout un habitus qui conduit les échevins à percevoir dans la Sainte Union un moyen de sauvegarder un mode spécifique de gouvernement et en même temps de renforcer l'autonomie de Lyon vis-à-vis du pouvoir royal. Depuis le début du XVIe siècle, l'autorité du roi ne s'impose qu'en échange de diverses faveurs accordées à la ville ou aux consuls. Mais les tensions sont de plus en plus fréquentes entre Lyon et le roi, tant en matière judiciaire, avec la mise en place d'institutions royales concurrençant le pouvoir de la ville, qu'en matière de finances, puisque le Consulat doit faire face aux exigences croissantes du roi. 
     Ce n'est donc pas seulement sous l'influence de l'ultra-catholicisme de l'archevêque de Lyon, Pierre d'Epinac, que la ville prend une nouvelle direction politique. L'évolution d'un Etat de plus en plus centralisateur en est une des causes directes, comme le souligne la destruction de la citadelle de Saint-Sébastien par les émeutes de 1585. Il s'agit d'une citadelle érigée par Catherine de Médicis en 1564 et symbolisant le pouvoir royal dans la ville. Les événements de décembre 1588 précipitent le passage des Lyonnais dans le camp de la Ligue, façonnant l'image d'un roi-tyran et assassin : non seulement les meurtres des deux Guises heurtent les esprits, mais l'emprisonnement du duc de Nemours et de l'archevêque Pierre d'Epinac provoque des tensions multiples à Lyon.

     Les consuls justifient leur rébellion en invoquant le trouble au « repos public » perpétré par une conspiration découverte au sein de la ville, dans une déclaration proclamée le 24 février 1589. Dans le même temps, tous les ordres et états adhèrent « à la sainte union des princes catholiques et autres bonnes villes de ce royaume ». Le 2 mars 1589, les échevins prêtent serment à la Ligue et le conseil de l'union lyonnaise, rassemblant les échevins et les représentants des trois ordres, laisse le pouvoir à l'élite bourgeoise de la ville
        Avant d'être une révolution du duc de Nemours, il s'agit donc d'abord d'une révolution consulaire, la ville ayant la primauté sur la maison de Savoie. Ville marchande et économiquement florissante, l'ancienne capitale des Gaules peut financer les opérations militaires, avec la contribution des riches bourgeois versant des dons gratuits ou accordant des emprunts. Le vrai pouvoir est à l'hôtel de ville, dont toutes les institutions dépendent.  Le Consulat a besoin d'un appui militaire, laissant alors à la noblesse la façade de la puissance. Toutefois, il doit compter avec le clergé, une des armatures fondamentales de la ville, représenté surtout par le rôle essentiel de l'archevêque de Lyon, 
Pierre d'Epinac, et avec la sensiblité religieuse très forte de la population, comme le montrent les confréries et l'influence des ordres religieux.

      Lyon est donc au centre d'un triangle fondamental, que l'on retrouve jusqu'à la fin des années 1590 : le duc de Nemours, l'archevêque et le consulat, forces contraires jouant un jeu de bascule constant entre alliances, intrigues et changements d'orientation. Cependant, l'archevêque et le duc de Nemours, comme tout noble, ont de nombreuses clientèles nobiliaires, ce qui fait connaitre, dans tout le Lyonnais, et même au-delà, leur opposition. Ce conflit direct entre eux permet au Consulat de mener une politique conforme aux intérêts de la ville en prenant des décisions sans consulter ni l'un ni l'autre. 

 

 

Lyon au XVIe siècle

Carte lyon dessins
 

       Le pouvoir urbain s'affirme peu à peu depuis 1589 dans l'ancienne capitale des Gaules, en sachant mobiliser et entraîner une grande part de la population et donnant à la ville une indépendance inédite. Ainsi par exemple, le duc de Nemours, appuyé par la maison de Savoie et par de nombreuses forces militaires en présence, pense se tailler une principauté, dont Lyon serait le centre, créant un double démembrement, du territoire et de la royauté. Il veut entraîner la population lyonnaise en la soulevant pour qu'elle soutienne le développement de l'impérialisme savoyard. La ville n'hésite pas alors à se lancer dans une première "journée des barricades" le 21 septembre 1593 contre le prince, au cours de laquelle le duc est emprisonné au château de Pierre-Scize. La population s'en remet au Consulat, institution traditionnelle dotée de privilèges qu'il faut défendre contre l'intervention d'une maison étrangère, la puissante maison de Savoie.

        Puis survient la seconde insurrection qui se produit le 6 février 1594, justifiée par les ravages que font dans les campagnes du Lyonnais les troupes du frère du duc de Nemours, le marquis de Saint-Sorlin, et par la menace d'une mainmise étrangère. Les textes de l'époque dénoncent et critiquent l'Espagne, en particulier le gouverneur de Milan, le duc de Terranova, soupçonné de préparer l'invasion de Lyon depuis l'Italie, secondé par les troupes du marquis de Saint-Sorlin. Le Consulat parvient ainsi à maintenir son pouvoir dans la ville grâce au soutien de la population et à dresser celle-ci contre les puissances extérieures qui menacent Lyon. Toutefois, il n'a pas la force militaire nécessaire pour faire face aux dangers cernant Lyon.

      Cependant, la Ligue catholique lyonnaise n'est pas seulement minée par les dangers extérieurs militaires qui la guettent. En effet, pendant les cinq ans de rébellion, de fortes dissensions internes affectent le Consulat dont les prérogatives sont limitées par des instances rivales, exigeant de plus en plus d'impôts de la ville. Le duc de Mayenne se heurte aux intérêts du duc de Nemours et à ceux de l'archevêque.

       Entre fiscalité renforcée et ravages militaires, des disettes naissent dans le Lyonnais, engendrant un accablement grandissant dans la population, tandis que la lutte contre Henri IV, roi huguenot, prend de moins en moins de sens, le roi se dirigeant vers une abjuration du protestantisme, effective le 25 juillet 1593. La journée des barricades le 18 septembre 1593, qui se termine par l'emprisonnement du duc de Nemours, traduit la lassitude des Lyonnais devant les troubles. Ces divers éléments conduisent Lyon à sa reddition devant les troupes royales, au début du mois de février 1594. 

 

Sources : -Jean-Marie Constant, La Ligue, Paris, Fayard, 1996, pages 213, 276, 277, 278

               -Jacqueline Boucher, Vivre à Lyon au XVIe siècle, Lyon , Editions lyonnaises d'Art et d'Histoire, 2001, pages 8, 10, 30, 38-39

               -Delphine Estier, "1589-1594, la maîtrise de l'opinion à Lyon pendant la Ligue, ou le secret nécessaire", Rives nord-méditerranéennes, n°17, 2004. 

 

Source de l'illustration : Plan de la ville de Lyon au XVIe siècle, A. A. Gaillard, cartographe, Lyon, Editeurs Girard et Guyet, 1846, BnF., département Cartes et plans, GE DL 1846-126-4. 

Commentaires (1)

pimpi'
  • 1. pimpi' | samedi, 06 juin 2020
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